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Formation Davinci en ligne

Formation Davinci en ligne

Publié par christophe Legendre

Entretien avec Pierre Aïm - Chef opérateur: De l'étalonnage photochimique aux derniers outils numériques.

De 'La haine' à 'Aladin' en passant par 'Monsieur N', Pierre Aïm revient sur ses 20 années d'images. De la photochimie aux dernières stations d'étalonnage numériques, il nous raconte comment nos métiers ont évolué et sa relation avec les étalonneurs.

J’ai connu Pierre Aim quand j’étalonnais chez LTC en photochimie. A l’époque, j’ai travaillé sur sept de ses long métrages qu'il a éclairé : « Je me sens pas belle », « Le héros de la famille » ou « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » et aussi « Janis et John ». Nous venons de finir l’étalonnage du long métrage d’Agathe et Noélie Giraud ‘Ma sœur’ sur le scratch dans ma salle de Vincennes. A cette occasion, je me suis entretenu avec Pierre pour qu’il me fasse part de ses impressions sur l’évolution des techniques d’étalonnage et son rapport avec les étalonneurs.

Christophe Legendre

Pierre, depuis combien de temps tes films sont-ils étalonnés en numérique ?

Pierre Aim

Mon premier film c’était en 2003, « Monsieur N » d'Antoine de Caunes. Il s’est fait chez Eclair, avec Yvan Lucas.

Christophe

J’ai connu Yvan (Lucas) quand j’étalonnais chez LTC. Actuellement, il étalonne aux USA et sa filmographie est juste énorme !

« Monsieur N » est sorti en 2003, c’était à deux ans près le tout début de l’étalonnage numérique. Depuis « Monsieur N », penses-tu que l’étalonnage a beaucoup évolué ?

Pierre

Je ne pense pas que l’étalonnage ait beaucoup changé. « Monsieur N » avait été étalonné sur le Lustre, et on avait déjà la possibilité de mettre des masques, de sélectionner une couleur précise, comme aujourd’hui. Je remarque une plus grande évolution dans l’informatique que dans les outils eux-mêmes. L’informatique est plus rapide, ce qui permet de travailler en temps réel sur des images 4K et d’avoir plus de précision dans les outils…le trackeur multi-points d’aujourd’hui est incroyable de précision.

Christophe

Combien de temps passes-tu à étalonner un long métrage ?

Pierre

Si tu calcules la période d’étalonnage, puis les différentes projections des DCP’s c’est environ 1 mois, voir 1 mois et demi. La période d’étalonnage elle-même n’est que de 2 à 3 semaines. Quand je te disais que les temps d’étalonnage sont de plus en plus courts : pour « Monsieur N », on avait un mois!

Christophe

J’ai eu la chance de travailler avec de nombreux chef-opérateurs. Je pourrais dire que certains sont anxieux, d’autres indécis, il y a les écorchés, ceux qui s’ennuient, les survoltés, les joyeux, les curieux…

Toi, quel genre de chef-opérateur es-tu en session d’étalo ?

Pierre

Et fait, l’étalonnage se passe toujours en 2 phases : je suis toujours anxieux au début, ensuite une fois que les bases de l’étalonnage sont posées et que le réalisateur est en accord, c’est plus une phase de création, c’est plus agréable.

Il faut comprendre que l’image du film se fait bien en amont. Elle part d’une réflexion avec le metteur en scène, puis vient le tournage, ensuite 6 mois de montage et, enfin, le premier jour d’étalonnage. Et là, tu vois vraiment ton image !

Christophe

Tu veux dire que, sur le plateau, tu ne vois pas ton image ?

Pierre

Sur le plateau, tu éclaires, mais tu sais que beaucoup de choses peuvent être modifiées en étalonnage. Le premier jour d’étalonnage, tu redécouvres ton image ; il s’est passé du temps, donc tu peux être plus juste par rapport à ton travail. Tu sais immédiatement si tes choix de caméras, d’optique, artistiques ont été les bons.

C’est aussi l’étape où tu présentes ton image au metteur en scène. On est face à notre travail et là, on ne peut pas se mentir. Les derniers choix de création artistique et discussions avec le metteur se font durant ces premières journées.

La deuxième phase, on est dans la construction, dans la finition de l’image. Sur le plateau, pour gagner du temps, je vais laisser certains drapeaux de coté, sachant que je peux les rajouter numériquement en étalonnage, en posant des masques.

Christophe

Oui on est là aussi pour terminer une image…

Pierre

L’étalonnage numérique a apporté ce grand changement : à l’époque de la pellicule, le point final de mon travail se terminait sur le plateau. L’étalonneur rajoutait quelques points de densité, de couleur mais l’image était presque définitive. On ne corrigeait pas le contraste, la saturation, et tous les autres paramètres. Aujourd’hui, mon travail se termine en étalonnage.

Christophe

Peut-on dire que l’époque du laboratoire pellicule est loin derrière nous ?

Pierre

J’aurais vraiment du mal à retourner en étalonnage photochimique. Beaucoup de mal ! J’ai des souvenirs d’étalonnages photochimiques difficiles.

On avait des difficultés à obtenir des copies sans la moindre dominante. Difficultés qui ne relevaient ni de l’étalonneur, ni de moi, mais on était bien obligés d’expliquer cela au réalisateur. Sans compter que l’on ne voyait pas le résultat en direct et qu’il fallait attendre quelques jours entre 2 copies.

Christophe

Si en pellicule, l’image était presque définitive sur le plateau, penses-tu qu’il n’est pas plus simple de dégrader ton image avec des outils numériques ?

Pierre

C’est évident. Le numérique peut dégrader une image très facilement, mais pour être franc, je ne suis pas inquiet qu’un étalonneur dégrade involontairement mon image. Je sais ce que je dois obtenir, et je le guide dans ce sens.

Christophe

Tu diriges donc l’étalonneur pour qu’il te présente ton image souhaitée. Est-ce que tu ressens des différences entre les étalonneurs ?

Pierre

Bien sûr. Il y a deux choses qui les démarquent : leur rapidité et leur talent.

L’étalonneur qui te propose des choses différentes, et qui a du goût va faire la différence. Il me propose des solutions auxquelles je n’aurais pas forcément pensé.

C’est un peu comparable à un chef électro sur un plateau. Il sait t’apporter des conseils et des solutions que j’aime écouter. C’est vraiment important.

Christophe

D’ailleurs comment s’organise une session d’étalonnage ? Restes-tu toujours avec l’étalonneur ou le laisse-tu travailler seul ?

Pierre

Si l’étalonneur me connaît (comme toi), je peux te laisser travailler seul une partie de la journée, et je regarde le résultat le lendemain. Mais, en règle générale, je préfère rester la journée avec lui. Pas par manque de confiance, mais par gain de temps : les choix et options choisis sont validés plus rapidement.

Christophe

A l’époque des traitements photochimiques, on disait que les laboratoires gardaient leurs petits secrets, qu’il était compliqué de comprendre ce qui s’y passait vraiment, comment le négatif était développé, etc… Est-ce que tu penses que la chaine numérique d’un film est plus ‘transparente’ aux yeux des chef-opérateurs ?

Pierre

Aujourd’hui, il reste encore une partie du traitement des images qui sont incompréhensibles : la décompression, la débayerisation…

Je ne suis pas assez technicien et ne peux me fier qu’au résultat que l’on me présente. En règle générale, je n’ai pas à me plaindre de cette première étape. Comme je tourne très souvent avec les mêmes caméras, je sais le résultat qu’elles procurent. Si j’ai un doute sur le développement numérique des images, je n’hésiterai pas à demander au labo de refaire cette étape.

Christophe

Qu’en est-il des essais caméras? Est-ce que tu fais des essais caméra en numérique comme tu le faisais avec une caméra film ?

Pierre

Je ne fais pas énormément d’essais. Depuis mon premier tournage en numérique, les caméras sont assez simples d’approche, et je ne pars pas dans des essais complémentaires poussés ; je garde la philosophie de la pellicule, j’ai un réglage et je m’y tiens.

Je fais toujours les essais maquillages et costumes comme avant.

Christophe

Est-ce que tu fais de essais avec l’étalonneur pour trouver des looks ou des traitements particuliers?

Pierre

Non, pas d’essais supplémentaires, car je connais les limites des outils d’étalonnage donc, ce n’est pas la peine.

Christophe

Le tournage numérique a vu l’arrivée de nouveaux postes sur les plateaux : les DIT (Digital, imaging Technician)

Est-ce que tu demandes que tes rushes soient étalonnés par un DIT ?

Pierre

Non, je m’en fiche. Je vois les rushes les premiers jours et je sais comment est mon image non étalonnée. Le film que je fais en ce moment, il y a un DIT, mais c’est la première fois et la production étrangère me l’a imposé.

Je suis un habitué des tournages de l’époque où il fallait contrôler l’image sur le plateau.

Christophe

Il y a aujourd’hui beaucoup plus d’effets spéciaux dans les films. Tu as signé la photo d’Aladin qui est sorti récemment. Est-ce qu’à l’étalonnage d’Aladin, les effets spéciaux (très nombreux), ont été étalonnés avec le reste du film. C’est-à- dire en utilisant le principe de couche Alpha ?

Pierre

Oui c’est fondamental de travailler l’étalonnage des EFX avec les couches Alpha. Sur Aladin, pour différentes raisons, je n’ai pas toujours eu des plans avec couches Alpha et cela rend le travail plus compliqué. Cela va devenir une exigence aujourd’hui pour des films avec des effets.

Christophe

Pour finir si nous parlions des laboratoires…Aujourd’hui il y a des gros et des petits labos, des indépendants/freelance comme moi. Tu en penses quoi ? C’est quoi pour toi un bon laboratoire ?

Pierre

J’aime bien les petites structures de post-production : on peut parler d’homme à homme, c’est plus simple et direct. La flexibilité et la simplicité sont des critères importants pour le choix d’un laboratoire.

J’ai le souvenir que, quand tu travaillais chez LTC et que l’on rencontrait un problème, l’étalonneur était en situation indélicate et ne pouvait pas tout dire.

Par contre, pour les productions, aller dans un grand laboratoire , c’est plus rassurant. Ils peuvent plus facilement gérer tous les à-cotés de l’étalonnage : le nombre de DCP’s, les KDM’s (clés des DCP’s), le stockage, les effets spéciaux…

Ce que je regarde chez un prestataire de post-production, c’est bien sûr la salle d’étalonnage, les machines et softs utilisés, les écrans…mais surtout l’étalonneur et le temps que l’on a pour faire le travail. Si j’ai le choix, j’irai vers des petites structures avec des gens que je connais, çà simplifie les choses.

J’ai aussi une préférence pour les laboratoires en centre ville, c’est plus pratique de s’y rendre après une journée de tournage.

Toi t’es à Vincennes, c’est très pratique. C’est un détail, mais j’aime bien.

Christophe

Merci bien Pierre pour cet entretien. Je sais que tu es en tournage

d’un film suédois, bon tournage !

Cet entretien à été réalisé par Christophe Legendre le 21/1/16.

Entretien avec Pierre Aïm - Chef opérateur: De l'étalonnage photochimique aux derniers outils numériques.
www.etalonneur.com
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