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Formation Davinci en ligne

Formation Davinci en ligne

Publié par christophe Legendre

Le métier d’agent de chef-opérateur m’était inconnu. J’ai rencontré Vanessa Guissin, fondatrice de Melting Pot Agency à Paris pour comprendre cette profession.

 

Rencontre avec Vanessa Guissin, fondatrice de l'agence Melting Pot Agency: Agent de chef opérateurs et monteurs.

- Merci Vanessa de m’accueillir chez vous. Pouvez-vous m’expliquer le rôle d’agent de chef-opérateur (ou monteur) et quand est né votre agence : Melting Pot Agency ? 

Il existe plusieurs profils d’agent de techniciens. Mon métier consiste à conseiller les productions dans le choix de leur chef de postes artistiques et représenter les techniciens avec qui nous travaillons. 
Une production vient nous voir avec un projet de film, elle nous apporte un script, une note d’intention. Nous rencontrons également le réalisateur pour avoir son regard sur son futur film. Notre travail est de présenter le bon chef-opérateur ou monteur pour ce projet. Vient ensuite la gestion du contrat, les bulletins de paie et toute la partie administrative relative aux techniciens.
Nous ne sommes en aucun cas une agence ANPE. Je ne trouve pas du travail, je renseigne les productions et aide le technicien à promouvoir son talent et dans diverses tâches administratives. L’agence a été fondée en 2008 et le dernier opérateur qui nous a rejoints est Anthony Diaz.

 

-Vous conseillez les productions, et conseillez-vous aussi l’opérateur? Par exemple de faire ou de ne pas faire un film ?


Oui tout à fait. La première chose qu’on demande à l’opérateur, c’est de lire le scénario et de nous dire si ce film lui plaît.

On évalue aussi si ce projet peut lui convenir et qu’est-ce que ce film pourra apporter en plus à sa carrière ?

Un film qu’il aura déjà fait trois fois, ou juste parce qu’un réalisateur veut reprendre le même opérateur que la fois précédente sans raison artistique, ne fera pas évoluer l’opérateur.
On fait ce métier pour faire des choses nouvelles ! Si c’est pour travailler toujours avec les mêmes personnes et former toujours les mêmes couples (réalisateur-opérateur), je trouve ça assez paresseux.

 

Jean-Marie Dreujou a éclairé ‘Cézanne et moi’. Christophe Beaucarne a éclairé ‘Rodin'. Si je réalise un film sur un artiste de cette époque ( 19e siècle ,début  20e) quel chef-opérateur me conseillez-vous ? Vous me présentez ces deux opérateurs ou un troisième? 


Je pourrais proposer deux opérateurs, je n’en propose jamais plus de 3 sur le même projet. 
Dans cet exemple, ce sont deux films qui n’ont rien à voir ! La question n’est pas de savoir si c’est un film d’époque ou sur un genre d’artiste. On parle avant tout d’image et de cadre. L’un est très lumineux (Cézanne), tournage en extérieur, au soleil, l’autre est un film ultra sombre (Rodin). Sombre dans ce qu’il raconte et dans ce que le réalisateur demande à son chef-op de raconter. Il est évident que, dans cet exemple, Jean-Marie Dreujou  sait aussi bien éclairer un film sombre, tout comme Christophe Beaucarne peut faire un film lumineux.
Ces deux chefs-opérateurs sont d’excellents techniciens de la lumière. C’est à nous de proposer le meilleur pour votre histoire et celui qui pourrait le mieux correspondre à ce que vous avez envie de raconter, dans sa forme artistique.
Le réalisateur est le chef d’orchestre. Le chef opérateur est l’artiste qui va retranscrire en image son histoire, ses sentiments. Ce n’est pas une question de technique mais une question de sensibilité. Je sais que tous les opérateurs qui nous accompagnent ont les connaissances techniques nécessaires. Je ne propose pas un opérateur par rapport à son cv ou son showreel …mais par rapport à sa sensibilité. J’essaye de créer le bon binôme : chef-opérateur/réalisateur pour le bien de l’histoire.
Je souhaite aussi vous parler de l’homme ou de la femme qui exerce ce métier.

 

Avant d’être agent, j’ai été directrice de production, et j’ai pu croiser quelques chefs-opérateurs odieux ou ayant de gros problèmes de communication. Mon agence est fondée sur l’humain. Quand on part huit semaines en tournage avec les mêmes personnes, il ne faut pas se tromper sur les caractéristiques humaines des techniciens que l’on propose. C’est aussi la réputation de l’agence qui est en jeu. J’ai construit au fil des années une relation de confiance avec les productions.

 

Tous les opérateurs sont différents. Je remarque qu’il y a des opérateurs plus rock’n roll que d’autres. Qui travaillent de façon plus ou moins académique. Certains sont très gourmands en matériel d’éclairage, d’autres plus minimalistes. Est-ce que la façon d’éclairer est prise en compte pour proposer un projet à un opérateur ?


Bien sûr que cela joue. Ce qui joue aussi c’est le budget et les conditions de tournage. Si on m’explique qu’une production compte tourner un film au milieu de nulle part avec un petit budget, je ne proposerai pas les mêmes chefs-opérateurs car je sais qui pourra être à l’aise avec ces conditions de tournage.
Laurent Brunet, par exemple, est quelqu’un qui a tourné dans les 4 coins du monde, seul et qui travaille avec peu de lumière. Je proposerai aussi ce projet à des chefs-opérateurs qui savent adapter leur façon de travailler et d’éclairer en fonction des contraintes.

Autre exemple, Thierry Arbogast, il tourne souvent avec de grosses équipes et beaucoup de matériel mais quand il part faire « Singué Sabour-» en huis clos, il est tout seul, avec un budget ultra restreint. Les bons chefs-opérateurs savent s’adapter aux conditions de tournage. 

 

Je vis en Belgique, et nous connaissons tous le principe du Tax Shelter. Est-ce que la nationalité Belge peut être un critère d’embauche des productions Françaises?

Je ne vais pas vous cacher que oui : quand une production m’appelle pour me demander un opérateur belge, je sais tout de suite que c’est pour un financement Tax Shelter et je réponds à leur demande. Maintenant, je l’ai vu à plusieurs reprises, cette demande peut évoluer. Pour des raisons de disponibilités ou autres, il m’est arrivé de proposer un chef-opérateur français (que je trouvais plus en adéquation avec le projet) et la production a changé de stratégie. 

 

Que dites-vous aux jeunes opérateurs qui recherchent un agent, et qui viendraient vous voir ?


C’est le plus excitant et le plus compliqué ! Travailler avec des jeunes opérateurs nous demande un gros travail : il faut faire connaitre leur nom, promouvoir leur bande, partager notre ressenti aux productions pour qu’il leur confie un film.
Le choix de prendre un jeune opérateur n’est pas simple. J’ai besoin de les rencontrer sur le long terme, de les connaitre et de suivre leur travail avant de leur proposer un contrat dans l’agence. J’ai tout simplement besoin de bien les connaitre pour parler d’eux aux productions et aux réalisateurs. Ce n’est pas simple mais c’est passionnant. Dans quelques semaines, je pourrai vous donner les noms de jeunes chefs-opérateurs que je trouve remarquables et que l’agence va accompagner.

 

Est-ce que tous les opérateurs ont un agent ? 

 

On peut être un grand chef-opérateur et ne pas avoir d’agent. 
Pierre Aïm, par exemple, n’a pas d’agent. En France cela a commencé avec les opérateurs qui travaillaient à l’international. 

 

Est-ce qu’il vous arrive d’aller sur les plateaux, et en post-production ?

 

Sur les plateaux, oui j’essaie d’y aller régulièrement. Et au montage aussi

mais jamais en étalonnage. C’est très rare que j’aille voir un chef-opérateur en étalonnage.
 

Est-ce que les journées de préparation et d’étalonnage sont prévues dans les contrats des opérateurs ?

Tous. Oui dès que l’on commence à discuter contrat, on parle immédiatement du nombre de semaines de préparation prévues et de post-production. Le temps pour terminer un film est souvent proposé aux DOP sous forme de forfait.  Lors d’une post-production ‘image’, l’opérateur suit l’étalonnage de ses images, l’intégration des SFX puis vérifie le DCP, c’est pour cela que l’on part souvent sur un forfait pour les finitions.  

 

Quel est l’opérateur qui ne fait pas partie de Melting Pot avec qui vous souhaiteriez travailler ?

 

Il y en a plein ! des gens talentueux qui font des images formidables ! Et heureusement, c’est une super motivation de pouvoir espérer travailler avec ces gens là.

 

Vous représentez des monteurs, des chefs-opérateur, 1 cadreur, chefs déco, créateurs de costume. Peut-on imaginer d’autres professions que votre agence représentera plus tard ? Comme des étalonneurs, par exemple ?
 

Il en a été souvent question. Je ne représente que les corps de métier que je connais. J’ai été sur les plateaux et je les ai vus travailler. En publicité, en montage. L’étalonnage n’est pas quelque chose que je maitrise suffisamment pour le défendre et je ne pourrais pas représenter un métier que je ne maitrise pas. L’étalonnage est trop technique. Je ne me sentirais pas à l’aise.


D'autres professions ?

 

Je pense à tous les chefs de poste artistique. Je pourrais imaginer les scriptes, les premiers assistants. Maintenant, il faut savoir qu’en France, le métier d’agent est très mal perçu et que toute nouveauté n’est pas chose facile à faire accepter.


Le métier d’agent est une profession mieux accepté à l’étranger ?
 

Des agents, il y en a dans beaucoup de pays. Il n’y a qu’en France où cela pose un problème et en Belgique où c’est interdit tout comme les agents de comédiens, car cela est considéré comme du proxénétisme.
Dans les pays anglo-saxons, le métier d’agent existe depuis toujours. Aux Etats-Unis, il n’y a pas un technicien sans agent. Directeurs de production, premiers assistants, producteurs exécutifs…tout le monde a un agent. 
En France, la notion d’agent est arrivée il y a 25 ans. Les premiers postes que les agents ont défendus étaient les chefs-opérateurs. C’est surement pour cela aussi que c’est plus accepté chez les chefs-opérateurs que pour d’autres professions.

 

Vous pouvez me parler d’un contrat ? Il y a-t-il des différences entre les agences d’agents?

 

On a créé en France, il y a 3 ans, le SAFTAC. (Syndicat des Agents Français des Techniciens de l’Audiovisuel et du Cinéma) qui réunit les 6 agences françaises de techniciens. Nous avons élaboré un mandat de représentation qui est identique pour chaque agence. Ce contrat nous lie avec les techniciens que nous représentons avec les mêmes droits et devoirs pour chaque agence.  
 

Y a-t-il une durée minimum de contrat ? 


Il n’y a pas de durée de contrat. C’est un mandat valable pour un an reconductible tous les ans. Quand un technicien décide de partir ou qu’un agent souhaite arrêter une collaboration, il y a un préavis d’un mois à faire. Les agents de comédiens ou de scénaristes ont eux aussi des mandats de représentation avec leur talents.


Vous évoquez les agents de comédiens, est-ce qu’il y a une différence entre un agent de comédien et de technicien ?


Ha oui ! Les comédiens ont des droits ADAMI, les réalisateurs des droits d’auteurs, les techniciens eux n’ont que leur salaire ! Donc ça change beaucoup de choses. Un film se monte sur le dos d’un comédien. Pas sur celui d’un technicien.

 

Et qui paye vos services, et combien ça coute ?

 

Un agent se rémunère de 10% du salaire brut d’un technicien. L’Agent facture ses 10% de commission à la production qui salarie le Technicien. Normalement les 10% de commission sont à la charge du technicien, donc ils viennent en déduction de son salaire brut mais ils peuvent, lorsque que le technicien est au tarif syndical, venir en plus.

En Angleterre la production confie la totalité de la somme perçue à l’Agent qui reverse ensuite 90% au technicien. Mais en Angleterre ils n’ont pas de charges sociales et/ou patronales…

 

Pour terminer cet entretien, pouvez-vous me parler du montage, et des monteurs et monteuses? 


Le montage est un combat. Le montage était réservé aux femmes avant, c’est terrible, mais c’est ce qui fait que ce métier est si mal considéré aujourd’hui. Le montage est la dernière écriture d’un film, c’est essentiellement basé sur la sensibilité des personnes qui le font.  On ne choisit pas un monteur en fonction de sa disponibilité, mais bien en fonction de sa sensibilité et de l’histoire à raconter ! 
Quand j’entends une production qui me demande, en parlant d’un monteur, « qui as tu de libre ?» Ce ne sont pas des caméras mais des êtres humains.

Et quand on regarde les grilles de salaires, à responsabilités égales, les premiers assistants et les monteurs ont été oubliés ! On oublie l’importance de leur travail et leur expérience.
Quand j’ai ouvert l’agence il y aura bientôt 10 ans, c’était important de défendre les monteurs.  
On n’est que deux agences à représenter des monteurs, et ce n'est pas  
simple tous les jours. C’est un combat compliqué !  Mais j’aime le mener.

 

Merci Vanessa pour toutes ces précisons. Je vous souhaite de jolies projets et pleins de belles rencontres à venir.

 

Entretien avec Vanessa Guissin.

Pour plus d'informations: site de Melting Pot Agency. Lien Facebook

 

 

 

 

 

Rencontre avec Vanessa Guissin, fondatrice de l'agence Melting Pot Agency: Agent de chef opérateurs et monteurs.
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