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Publié par christophe Legendre

Cette année encore, j'ai fait le pèlerinage aux Rencontres de la photographie d'Arles, qui se tiennent du 6 juillet au 4 octobre 2026 pour cette 57e édition. Un festival que je recommande à tout étalonneur : on y va pour la photo, on en repart avec des idées de lumière, de couleur et de grain qu'on retrouvera ensuite sur notre station d'étalonnage. 

Le rendez-vous manqué : William Klein

Je dois avouer une vraie déception. L'exposition consacrée à William Klein était au programme, et je me faisais une joie d'y aller : cela faisait très longtemps que je n'avais pas eu d'images de Klein sous les yeux. Elle a finalement été déprogrammée à la dernière minute, pour un problème technique lié à la sécurité du lieu.

Klein occupe une place particulière pour moi. En 1999, j'ai étalonné son dernier film, Le Messie. Mais bien avant de travailler avec lui, j'avais déjà eu ses images sous les yeux sans le savoir : la pochette de Love on the Beat, l'album de Gainsbourg, c'était lui. Une photo que j'ai regardée pendant des années avant de faire le lien avec l'homme dont j'allais étalonner le film. Ce genre de coïncidence, on n'en sort pas indemne — ça rend l'absence de l'exposition d'autant plus frustrante, mais ça m'a aussi donné envie de ressortir ses images de mon côté.

Faute de Klein, ce sont deux autres rencontres qui ont marqué mon séjour, et qui ont depuis longtemps une vraie place dans mes cours d'étalonnage : elles illustrent précisément certains points que j'aime expliquer.

Arles 2026 : ce que les Rencontres de la photographie racontent à un œil d'étalonneurArles 2026 : ce que les Rencontres de la photographie racontent à un œil d'étalonneur

Harry Gruyaert, le photographe de la couleur

A sense of place (Le sens du lieu), commissariat de Géraldine Lay — c'est le titre de l'exposition consacrée à Harry Gruyaert. On le présente souvent, à juste titre, comme « le photographe de la couleur » : chez lui, la couleur n'est jamais un simple constat, elle est construite, cadrée, presque montée comme une scène de cinéma. Ses images jouent sur des aplats saturés, des contrastes de lumière franche, une manière très picturale d'occuper le cadre — un sens du lieu qui tient autant à la géographie qu'à la teinte qu'il en tire.

Et pour cause : Gruyaert photographie en Ektachrome. C'est un point que j'aborde dans ma formation Looks, où l'Ektachrome constitue tout un chapitre. Ce film inversible a une signature très reconnaissable — des couleurs franches, un rendu plus froid et plus contrasté que le Kodachrome, des noirs profonds — et c'est précisément cette signature que l'on retrouve, magnifiée, dans le travail de Gruyaert. Voir ses tirages en grand format à Arles, c'est un cours de colorimétrie à ciel ouvert.

Arles 2026 : ce que les Rencontres de la photographie racontent à un œil d'étalonneurArles 2026 : ce que les Rencontres de la photographie racontent à un œil d'étalonneur

The Anonymous Project — Lee Shulman & Omar Victor Diop : mon vrai coup de cœur

L'autre exposition qui m'a happé, c'est Being There, portée par Lee Shulman et Omar Victor Diop dans le cadre de leur Anonymous Project. Le principe : Lee Shulman collecte depuis plusieurs années des centaines de milliers de diapositives amateurs anonymes, principalement en Kodachrome, retrouvées aux quatre coins du monde — des vies ordinaires, des couleurs d'époque, une mémoire collective reconstituée image par image. Omar Victor Diop vient ensuite dialoguer avec ces archives anonymes en s'y insérant, créant une rencontre entre portrait contemporain et vernaculaire d'hier.

C'est mon vrai coup de cœur de cette édition. Ce qui m'a scotché, c'est l'intelligence du propos : le mélange parfait entre l'image Kodachrome d'origine et l'association de techniques modernes pour la faire dialoguer avec un geste contemporain. L'incrustation est parfaite — invisible, au service du sens plutôt que de la performance technique. Et on peut en dire des choses sur le sens de ces images !  Le travail sur la lumière, sur le grain, sur le geste photographique lui-même est d'une précision rare. C'est une exposition à voir absolument, et c'est aussi la raison pour laquelle je m'appuierai  sur ce projet dans mon chapitre Ektachrome/Kodachrome en cours — pour montrer jusqu'où on peut pousser le dialogue entre une matière argentique d'époque et une intégration numérique contemporaine sans jamais casser l'illusion.

Arles 2026 : ce que les Rencontres de la photographie racontent à un œil d'étalonneurArles 2026 : ce que les Rencontres de la photographie racontent à un œil d'étalonneur

En repartant d'Arles

Pas de Klein cette année, donc — mais deux rencontres qui, à elles seules, valaient le déplacement, et qui viendront nourrir mes prochains cours : la couleur construite de Gruyaert d'un côté, le dialogue entre archive anonyme et geste contemporain de Shulman et Diop de l'autre. De quoi apporter à mes formations de belles références.

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